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On aurait dit que la lecture du livre saint l’apaisait, ou du moins différait son délire. De nos jours livre – Jordi Canal, Collectif. Invisible et pourtant palpable. Ainsi, nous avions droit à cinq litres d’eau par jour. Il fallait en référer au commandant du camp, lequel devait attendre les ordres de la capitale. Je voyais sans voir. C’était un apprentissage, une folie nécessaire, une épreuve à réussir absolument.

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La mort promise, certes, mais pas tout de suite. La communication intuitive et le mystère des neuronnes miroirs télécharger. Ici, personne n’est un détenu avec une peine à purger. Télécharger Petit Ours Brun sent tout! La folie s’était emparée de nous, et nous étions révoltés, dégoûtés et déjà cassés, peut-être morts, et nous ne le savions pas. Il avait tellement maigri qu’il ne ressemblait plus à un être humain.

Ce document au format PDF 1. La présente page absencs téléchargement du fichier a été vue fois. Cette aveuglante absence de lumière. Elle serait là, habiterait cettw poitrine et nourrirait l’infini de mes nuits, là, dans cette tombe, au fond de la terre humide, sentant l’homme vidé de son humanité à coups de pelle lui arrachant la peau, lui retirant le regard, la voix, la raison.

Écrivain marocain de languefrançaise,TaharBenJelloun est né en Il a publié de nombreux romans, recueils de poèmes et essais. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce sok, sans le consencement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les artides L et suivants du Code de la propriété intellectuelle. Il est dédié à Aziz ainsi qu’à Réda, son jeune fils, lumière de sa troisième vie.

Elle serait là, habiterait ma poitrine et nourrirait l’infini de mes nuits, là, dans cette tombe, au fond de la terre humide, sentant l’homme vidé de son humanité à coups de pelle lui arrachant la peau, lui retirant le regard, la voix et la raison.

Mais que faire de la raison, là où nous avons été enterrés, je veux dire mis sous terre, en nous laissant un trou pour la respiration nécessaire, pour vivre assez de temps, assez de nuits pour expier la faute, mettant la mort dans une lenteur subtile, une mort qui devait prendre son temps, tout le temps des absencee, ceux que nous n’étions plus, et ceux qui nous gardaient encore, et ceux qui nous avaient totalement oubliés. Je pensais aussi à un sablier géant, où chaque grain de sable était un grain de notre peau, une goutte de notre sang, une petite poignée d’oxygène que nous perdions au fur et à mesure que le temps descendait vers le gouffre où nous étions.

Nous étions arrivés là sans notre regard.

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La nuit sera notre compagne, notre territoire, notre monde et notre cimetière. Ce fut la première information que je reçus. Ma survie, mes tortures, mon agonie étaient inscrites sur le voile de la nuit.

Je le sus tout de suite. On dirait que je l’avais toujours su. Ils abandonnaient leur corps aux tortionnaires et partaient oublier tout cela dans une prière ou un repli intérieur. La nuit nous habillait. Aveuglxnte un autre monde, on dirait qu’elle était aux petits soins avec nous.

Surtout pas de lumière. Jamais le moindre filet de lumière. Mais nos yeux, même s’ils avaient perdu le regard, s’étaient adaptés. Nous voyions dans les ténèbres, ou nous croyions voir. Aveuglanye images étaient des ombres se déplaçant dans le noir, bousculant les uns et les autres, allant jusqu’à renverser la carafe d’eau, ou déplacer le morceau de pain rassis que certains gardaient pour parer aux crampes d’estomac.

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Nous étions la nuit. Nous n’étions pas dans n’importe quelle vette. La nôtre était humide, très humide, poisseuse, sale, moite, sentant l’urine des hommes et des rats, une nuit venue à nous sur un cheval gris suivi par une meute de chiens enragés. Elle avait jeté son manteau abssence sur nos visages que plus rien n’étonnait, un manteau où il n’y avait même pas de petits trous laissés par les mites, non, c’était un manteau de sable mouillé.

De la terre mélangée aux excréments de toutes sortes d’animaux se déposa sur notre peau, comme si notre enterrement était terminé.

Non, le vent qui soufflait dans le manteau nous donnait un peu d’air pour que nous ne mourrions pas tout de suite, juste de quoi nous maintenir loin de la vie et tout près de la mort. Ce manteau pesait des tonnes. Invisible et pourtant palpable. Je cachais mes mains derrière mon dos pour ne plus être en contact avec la nuit. Il y avait donc des préférences entre deux douleurs. Tout le corps devait souffrir, chaque partie, sans exception, La tombe a été aménagée encore un 11 mot de la vie, mais il faut bien continuer à emprunter à la vie de petites choses de telle sorte que le corps subisse toutes les souffrances imaginables, qu’il les endure avec la plus lente des lenteurs, et qu’il se maintienne en vie pour subir d’autres douleurs.

En fait, la tombe était une cellule de trois mètres de long sur un mètre et demi de large. Elle était surtout basse, entre un mètre cinquante et un mètre soixante. Je ne pouvais pas me mettre debout. Un trou pour pisser et chier. Un trou de dix centimètres de diamètre.

Le trou faisait partie de notre corps. Il fallait très vite oublier son existence, ne plus sentir les odeurs de merde et d’urine, ne plus sentir du tout. Pas question de se boucher le nez, non, il fallait garder le nez ouvert et ne plus rien sentir.

Au début, c’était difficile. C’était un apprentissage, une folie nécessaire, une épreuve à réussir absolument. Être là sans être là.

Fermer ses sens, les diriger ailleurs, leur donner une autre vie, comme si j’avais été jeté dans cette fosse sans mes cinq sens. Un pari sur l’avenir. Je tombai dans la fosse comme un sac de sable, comme un paquet à apparence humaine, je tombai et je ne ressentais rien, je ne sentais rien et je n’avais mal nulle part.

Non, cet état-là, je ne l’atteignis qu’après des années de souffrances. Je crois même que la douleur m’avait aidé. À force d’avoir mal, à force de supplice, j’avais réussi lentement à me détacher de mon corps et à me voir lutter contre les scorpions dans cette fosse. J’étais de l’autre côté de la nuit. Mais avant d’y arriver, j’ai dû marcher des siècles dans la nuit du tunnel infini.

Nous n’avions pas de lit, pas même un morceau de 12 mousse en guise de matelas, pas même une botte de foin ou d’alfa sur laquelle dorment les animaux.

Était-ce Tannée de leur confection ou bien une référence spécifique pour les condamnés à la mort lente? Légères et solides, elles sentaient l’hôpital. Elles avaient dû être trempées dans un produit désinfectant. Il fallait s’y habituer. L’été, elles n’étaient pas très utiles. Je pliai l’une et en fis un matelas très étroit. Je dormais sur le côté. Lorsque je voulais changer de côté, je me levais pour ne pas défaire les plis.

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Systématiquement, surtout au début, je me cognais la tête contre le plafond.

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C’étaient des couvertures empoisonnées! Que de fois je me suis persuadé que la terre allait s’ouvrir et m’engloutir! Tout avait été très bien étudié. Ainsi, nous avions droit à cinq litres d’eau par jour. Qui leur avait communiqué ce chiffre? D’ailleurs l’eau n’était pas vraiment potable.

J’avais une carafe en plastique où je versais de l’eau et la laissais décanter toute une journée. Je n’ai ni vieilli, ni rajeuni. J’ai perdu mon âge.

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Il n’est plus lisible sur mon visage. En fait, je ne suis plus là pour lui donner un visage. Je me suis arrêté du côté du néant, là où le temps est aboli, rendu au vent, livré à cette immense plage de drap blanc que secoue une brise légère, donné au ciel vidé de ses astres, de ses images, des rêves d’enfance qui y trouvaient refuge, vidé de tout, même de Dieu.

Je me suis mis de ce côté-ci pour apprendre L’oubli, mais je n’ai jamais réussi à être entièrement dans le néant, pas même en lumièrre. Le malheur est arrivé comme une évidence, une bourrasque, un jour où le ciel était bleu, tellement bleu que mes yeux éblouis perdirent la vue pendant quelques secondes, ma tête étourdie penchait comme si elle allait tomber.

Je savais que ce jour-là allait être le jour du bleu taché de sang. Je le savais si intimement que je fis mes ablutions et priai dans un coin de la chambrée où régnait un silence étouffant. Qui se souvient du sang sur les nappes, du sang sur le gazon d’un vert vif?

Il y eut un mélange brutal de couleurs. absencf

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Le bleu n’était plus dans le ciel, le rouge n’était plus afeuglante les corps, le soleil léchait le sang avec une rapidité inhabituelle, et nous, nous avions des larmes dans les yeux. Elles coulaient toutes seules et trempaient nos mains qui n’arrivaient plus à tenir une arme. Nous étions ailleurs, peut-être dans l’au-delà, là où les yeux révulsés quittent le visage pour se loger dans la nuque.

Nos yeux étaient blancs.

Nous ne voyions plus le ciel ni la mer. Un vent frais nous caressait la peau.

Le bruit des détonations se répétait à l’infini. Longtemps il nous poursuivra. Nous n’entendrons plus que ça. Nos oreilles étaient occupées. Je ne sais plus si nous nous rendîmes à la garde royale, celle qui traquait les rebelles, ou si nous fûmes arrêtés et désarmés par des officiers qui avaient changé de camp quand le vent tourna.

Nous n’avions rien à dire. Nous n’étions que des soldats, des pions, des sous-officiers pas assez importants pour prendre des initiatives. Nous étions des corps qui avaientfroiddans la chaleur de cet été. Mains attachées derrière le dos, nous étions jetés dans des camions où morts et blessés étaient entassés. Ma tête était coincée entre deux soldats morts.